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Interview with Vuduvox by Underground You Rock

Présentez-vous aux lecteurs

J-C VTH : chant, programmations, machines…
Olivier T. : guitare

Qui compose ?…comment cela se déroule au sein du groupe?

Je compose tous les titres et les propose à Olivier qui y rajoute ses parties de guitare qu’on finalise ensemble. Il suggère aussi des modifs éventuelles et gère la partie logistique pour la scène… Je me charge du mixage de nos morceaux avec une approche assez oldschool voire primaire : punk un jour, punk toujours ! Même quand il s’agit de machines le strict minimum me suffit, ce qui peut aussi expliquer le rendu final, dont personne ne s’est plaint jusqu’ici, au contraire. Récemment, un journaliste anglais d’Intravenous a conclu sa chronique de l’album déjà hyper-positive par ‘VUDUVOX [ont] forgé un manifeste” et c’est exactement ça.

Qui écrit les textes ?..de quoi parlent- ils ? l’inspiration vient comment?

C’est à 100% ma part de boulot Je ne me verrais pas chanter les textes d’un autre. 99% sont en français, ce qui est loin d’être plus facile mais c’est un choix délibéré. Mais les chœurs et les samples peuvent être en allemand, en anglais, en russe etc… Ça parle globalement d’un monde qui part en vrille sans pour autant clamer les choses ou revendiquer — laissons le politiquement correct à Bono et Manu Chao. Je procède plutôt par allusion et je ne fais pas dans le militantisme de base : “Des cités en ruine” traite des Balkans, “Belles comme des Bouddhas” du 11 septembre, “Parce que je n’ai pas d’âme” de la vivisection et “Fukushima” parle de lui-même. “Toutes les aiguilles dans le rouge” fait référence à Chernobyl, “Ils descendront du train” et “Varsovie” sont sur l’Holocauste, “Au rythme des incendies” sur l’ambiance générale en France, voire en Europe. Beaucoup de titres comme “Bruit blanc, lumière noire” ou “Disco-démolition” parlent de musique, plutôt électronique ou industrielle en l’occurrence, et du sentiment qu’elle procure d’appartenir à une tribu. Il y a aussi une galerie de portraits de personnages-clés du vingtième siècle, parfois sulfureux : “Picasso”, “Maiakowski”, “Marinetti”, “Kennedy”, “Mishima”. La majeure partie des titres de VUDUVOX sont franchement sombres et désabusés…

Le nom VUDUVOX pourquoi?

Ce nom m’aura pris à peu près trois ans.“BUZZ” n’était vraiment plus d’actualité, d’une part parce que le nom est hyper-galvaudé aujourd’hui et parce que je tenais aussi à me débarrasser de toute une série de casseroles et me démarquer de plusieurs personnes avec qui j’ai eu le tort de travailler au fil des années et qui m’ont ralenti plus qu’autre chose tout en pillant consciencieusement mon carnet d’adresse. Tu veux des noms? Ce changement était aussi une prise de risque mais il a le résultat escompté. Je voulais un nom inédit, qui ne soit pas un terme anglais et qui puisse sonner “internationalement” sans poser de problème phonétique. VUDUVOX a aussi un fort pouvoir évocateur. Avant de l’adopter définitivement je l’ai testé sur des ami(e)s allemands, belges, anglais, italiens, portugais et français et leur feedback m’a convaincu. En gros, VUDU fait référence au côté sombre, hypnotique et presque incantatoire des titres et VOX à leur traitement plus électronique. C’est un hybride, pas un clone.

Quels sont vos goûts musicaux personnels et vos influences?

J’écoute de moins en moins de choses sortant actuellement, d’abord parce que beaucoup sont une resucée de ce qui a déjà été fait. En plus je n’ai pas envie d’être influencé, directement ou indirectement, dans mes compos donc je préfère me tourner vers la musique brésilienne ou le Fado ou la musique de la Renaissance. Sinon, c’est Cabaret Voltaire, Ski Patrol, The Orange Cardigan, Anne Clark, Tubeway Army, les Young Gods, The Cult, Renegade Soundwave, The Sound, Paradise Lost, New Order, Dead Can Dance mais aussi Chet Baker, Marvin Gaye, Lou Reed, un peu de dub aussi, du Punk, et toujours T-Rex… et chez les français, inévitablement, Manset, Gainsbourg et Taxi Girl. Olivier écoute des choses bien plus récentes et se tient bien au courant de l’actu. J’évite de le faire, et j’aurais tendance à dire que ça me brouille l’écoute (jeu de mots). Parmi les rares trucs récents qui m’excitent encore il y a NTRSN, Agent Side Grinder, Larva, Implant et Pankow.

Quel regard portez-vous sur la scène musicale actuelle chez vous en France?

“La scène musicale française” ? Tu veux parler des Enfoirés sûrement ? C’est un désastre. Je me sens bien plus Belge que Français au niveau musical. Dans les années 80 et 90 La Muerte, Front 242 ou TC Matic mettaient déjà une belle claque à des comiques comme les Garçons Bouchers, les Wampas, les Bérus ou la Mano. A ce jour les trois-quart des concerts que j’ai pu voir auront été en Belgique, ou en Angleterre à une époque. Et aussi loin que je me souvienne j’ai quasiment toujours travaillé avec des Belges parce que leur ouverture musicale est nettement supérieure à celle des français obsédés par le solo de guitare ou le politiquement correct, sans parler de la vague actuelle de branlottins pop barbus encensés par les Inrockuptibles et consorts. VUDUVOX évolue dans un milieu indé à 100% avec l’impression parfois de faire de la résistance. Nous n’avons pas nos entrées dans les salles “officielles” et sponsorisées gangrénées par le copinage. Ce milieu de consanguins me révulse. Mais j’ai comme l’impression que la Belgique, ou tout au moins la Wallonie et Bruxelles, est comme contaminée par le syndrome franchouillard depuis quelques années. On ne peut que regretter l’âge d’or de Radio 21 et Jacques Depierpont ou Rockbox, etc quand on réalise comment Marc Isaie et sa mafia de babas-bobos post-soixante-huitards ont mis la main sur vos ondes, de Pure FM et Classic 21 à Décibels, pour encenser de la pop de garçons coiffeurs à la Ghinzu ou Tahiti 80, pour ne citer qu’eux. C’est tout bonnement affligeant. Si la scène belge se met à ressembler à un Francofolies de Spa géant c’est cuit…

En général, quelle est la réaction du public lors de vos concerts?

Depuis le démarrage de VUDUVOX ça répond du feu de Dieu. On a un feedback vraiment enthousiaste et un vrai following se met en place, au sein de publics assez variés au final, fans de post-punk, de rock ou d’électro sous un peu toutes ses formes… et c’est sûrement dû aussi au fait qu’on se fout royalement des étiquettes. En tout cas à chaque concert jusqu’ici ça a été “mission accomplie”, et nous n’avons fait aucun compromis pour en arriver là. Au contraire, je dirais que les gens s’adaptent à ce qu’on leur propose et sont contents de la nouveauté, pas trop habitués à ce mélange de machines, de guitares et de chant en français au final… Et sur des thèmes autres que sex’n’drugs’n’rock’n’roll.

Quel est votre meilleur souvenir live ? Et pourquoi?

Un grand moment aura été une soirée privée dans les Ardennes en juin dernier… après nous avoir découverts à l’ESN sur les conseils d’un de ses potes de Bruxelles, un gars nous invite à jouer à son anniversaire. On dit OK parce que c’est aussi le genre de plans spontanés qu’on aime tenter. On lui fait donc confiance, et en arrivant là 6 mois plus tard on découvre une scène digne du meilleur club, une méga-sono, des éclairages de la mort et un vidéo-projecteur grand-écran qu’il est souvent difficile d’obtenir dans des salles pro. Ça a été un concert d’anthologie devant plus de 100 personnes hyper-excitées. Les Gantois de Body Electric jouaient juste après et ils nous ont confié spontanément que “ça allait être dur pour [eux] de passer juste après”. Ce n’était pas le but bien sûr mais ça conforte dans l’idée que tu tiens quelque chose de bon. Et on ne lâche rien.

Et l’inverse : le plus mauvais souvenir live?

Avec VUDUVOX aucun, en toute honnêteté.

Quelle serait l’affiche de vos rêves ? (avec vous bien sûr !!!)

… je suis déjà assez comblé, ayant déjà partagé des scènes avec Anne Clark, Neon Judgement, A Split Second, Implant, Taxi Girl, Cassandra Complex, Minimal Compact, 32Crash, The Essence, Spectra Paris, Trisomie 21, SA42 et j’en oublie… Alors je dirais Killing Joke, les Young Gods, re-Anne Clark, ou Pankow… Participer à un bon gros festival en Allemagne aussi bien sûr… Je suis plus tenté par des lieux que par des “affiches”… J’aimerais assez rejouer au Portugal où les réactions sont épidermiques… ou en Suède… et faire quelques raids au Royaume-Uni, au Brésil, en Italie ou dans les pays de l’Est… c’est à l’étude.

Quelles sont vos prochaines dates ?

Pour l’instant le 20 février, Festival Dark Discharge à Tournai… Un beau week-end en perspective avec nos amis de Chemical Sweet Kids, Anamorphosis et K-Bereit. L’affiche complète et l’info sont sur le lien https://www.facebook.com/events/723988227683750/?fref=ts

On te préviendra des autres, ça va s’étoffer au fil de l’année…

En studio quelle a été l’ambiance pour cet album « Vaudou Electrique » ?…etc.…

Ça n’a pas été une session de studio à l’ancienne du genre “tous en studio pendant une durée limitée et avec une méga-pression et le compteur qui tourne” ; j’ai déjà donné ! Le travail s’est fait à plusieurs endroits, on pourrait dire “par strates”, mais tout a commencé et a été finalisé sur mon home-studio à Lille. Tous les enregistrements y ont été faits, sauf les guitares, prises chez Olivier en Belgique, et certains backings envoyés de Hambourg ou du Yorkshire. Très européen tout ça… Ensuite il y a eu des séances de pré-mix à Louvain chez Dirk (Da Davo), et j’ai tout repris pour enfin boucler chez moi plus d’un an plus tard. Laurent Bergman, qui bosse dans l’électro-club pur jus, est aussi venu m’aider à chipoter sur quelques fréquences. Après ça, les masterings ont été faits à Gand avec Len Lemeire d’Implant et d’autres, pour une version digitale, par Maurizio Fasolo de Pankow à Florence. Gros boulot donc… mais les avis sont unanimes sur la prod. autant dans la presse et les webzines que chez les radios. Nous restons sur la même lignée pour le prochain, à la Ramones. Il n’y aurait aucun intérêt à changer une formule qui a fait ses preuves.

Comment s’est déroulée la conception de la pochette ?

J’avais l’idée de base mais pas les moyens techniques pour la réaliser. Ça a donc été finalisé avec notre ami, photographe et graphiste, Yannick Lagier qui en avait déjà réalisé quatre pour BUZZ ainsi que celle de la compilation “Electro for Japan 2011”. Le boss d’EKP a ajouté quelques détails en fin de chaîne. Elle est assez simple et directe au final et on a décliné son visuel pour les t-shirts… C’est comme pour notre son : less is more.

Avez-vous trouvé un label ? si oui comment s’est déroulée la recherche ?

Entre 2008 et 2011 le boss du label indé napolitain EKP, spécialisé dans l’EBM-Electro-Indus et la synthpop m’avait commandé les cinq albums de BUZZ afin de les distribuer en Italie via le site du label. J’ai particulièrement apprécié son énergie, son honnêteté et son professionalisme. EKP sont avant tout des passionnés et non des businessmen, et on ne peut pas en dire autant de tout le monde dans la sphère indé. Vers 2011 je lui ai demandé s’il pouvait être intéressé par “mon” prochain album dont l’enregistrement venait de commencer avec Dirk Da Davo. D’emblée il m’a répondu OK et a envoyé le contrat. La suite a été un peu épique et c’est un peu long à raconter. D’abord le guitariste a fait une crise de parano au beau milieu d’une série de huit dates et a tout stoppé du jour au lendemain. J’ai aussitôt proposé à Olivier de le remplacer au pied levé aux percus électro dont il joue aussi dans SA42 et Grandchaos. On a fait deux répétes et aucune des dates suivantes – avec Parade Ground, Implant et Spectra Paris – n’a été annulée. Le nouveau line-up était de toute évidence hyper-efficace. Ensuite, j’ai viré toutes les pistes des anciennes guitares car il était hors de question qu’il en reste une quelconque trace sur ce qui allait sortir et j’ai commencé à réarranger tous les titres, heureusement de ma composition. Dans la foulée Olivier m’a dit qu’il savait aussi en jouer et en trois ou quatre mois le set-live était bouclé et les enregistrements prêts à mixer. On s’est dits à ce moment-là qu’il était grand temps de changer de nom pour faire table-rase du passé. EKP était informé de ces rebondissements et n’a jamais douté du résultat, idem pour Dirk. L’album – dont le titre était fixé depuis le début – a juste pris un an et demi ou deux de retard mais le résultat est incroyablement supérieur avec cette nouvelle formule. Pour t’en assurer tu n’as qu’à lire les chroniques de “Vaudou électrique”, unanimes de l’Italie à la Russie en passant par l’Allemagne, le Brésil et le Royaume-Uni, ou le feedback des radios en France, Belgique, Brésil, Angleterre, Scandinavie, Allemagne etc. jusqu’au Pérou. Ça s’accompagne de commandes de CD dans le monde entier, dont Israel ce matin… Pas mal de monde attendait visiblement du neuf sur cette scène un peu exsangue. Comme l’a dit le gars d’Intravenous, cet album est un manifeste. Il n’a pas le plus gros son de la planète mais il a une identité, une énergie et des textes bien à lui. Et EKP a misé sur ça, quand d’autres labels indé pratiquent le clonage à outrance avec des erzats de Depeche Mode, Nitzer Ebb, Front, DAF ou des Sisters qui ne font qu’enfoncer des portes ouvertes. La scène électro-indus se mord la queue depuis un bon bout de temps. C’est pour ça aussi que je n’ai envoyé aucune démo à aucun label. Et, crois-moi si tu veux, mais EKP ne m’a jamais demandé aucune démo de l’album, en nous accordant une totale confiance jusqu’à réception des masters, après quoi Amédéo m’a envoyé un mail plus qu’enthousiaste. Depuis la sortie nous travaillons en complémentarité totale avec le label. Nous n’attendons pas les bras ballants qu’ils fassent le boulot pour nous. C’est à peu près du 50-50 et ça avance au moins deux fois plus vite sinon davantage. C’est une vraie relation de travail.

Niveau management et booking comment travaillez-vous?..et avec qui?

Encore personne, notre cœur est encore à prendre ! Et ça nous permettrait de nous consacrer davantage à la musique sans devoir contacter les salles et les organisateurs. Mais des contacts ont été pris et nous sommes beaucoup plus crédibles avec un premier album, surtout hyper-bien chroniqué comme il l’est.

Quels sont vos projets?

Le deuxième album est déjà en cours d’enregistrement, mélangeant encore une fois des titres parfois jeunes de trois semaines et d’autres plus anciens, quelques remixes et collaborations (et pas des moindres)… Côté concerts, ça avance doucement mais ça devrait arriver près de chez vous un de ces jours… Il y a des remixes aussi, par Combat Voice, Dolls of Pain, People Theatre, Implant etc etc…

Qu’aimeriez-vous que le futur vous apporte?

Des dates et d’autres chroniques du même acabit que les premières…

Quelle est votre devise ?

No Compromise No Surrender !

A rappeler les sites :

facebook.com/vuduvox
https://soundcloud.com/ek-product/vuduvox-vaudou-electrique-album-preview

Qu’avez-vous envie de dire aux lecteurs?

Ami(s) lecteur(s) et lectrice(e)s précipitez vous sur “Vaudou électrique”, un album de putamadre et venez nous retrouver en concert après nous avoir rendu visite sur facebook et soundcloud ! Et n’allez pas nous le pirater comme d’autres fossoyeurs de la musique indé sur les sites russes…

Et aux jeunes qui démarrent dans la musique?

Dis-moi, tu n’aurais pas une question encore plus conne?

😀